2012

Thomas Lebas : "J'ai joué ma carte à fond"


posté par Alexandre Rolin le 21/02/2012 à 13h59



A 26 ans et pour ses débuts dans le peloton professionnel, il a été l'une des belles révélation du dernier Tour d'Oman. Thomas Lebas en aura surpris beaucoup, au-delà de nos frontières, après sa 8e place au sommet de Green Mountain, samedi dernier. Neuvième du général, à la pédale, le Français a pourtant bien eu du mal à obtenir la confiance d'un manager pour tenter de se faire une place dans le monde professionnel. Bridgestone - Anchor lui a donné sa chance cet hiver et c'est d'ores et déjà un franc succès. La formation continentale nippone ne pouvait rêver à un meilleur début de saison. Le Français aura fait débat. Qui est-il ? Pourquoi ne figure-t-il pas dans une plus grosse équipe ? De retour chez lui, Thomas Lebas revient avec Cyclism'Actu sur ces questions, sa semaine orientale, ses performances et son avenir. Conscient d'avoir obtenu un très bon résultat, l'ancien coureur de l'AVC Aix reste les pieds sur terre et ne tire pas de plans sur la comète. Entretien.


Thomas, revenons sur votre belle performance sur Green Mountain, l’étape reine, 8e au sommet, vous vous y attendiez ?


Oui et non. Je savais que je n’étais pas trop mal et que j’avais terminé 11e lors de l’arrivée en bosse de la deuxième étape. Mais ce jour là, c’était plus une question de placement et comme j’avais tenté ma chance à 3 kilomètres de l’arrivée, je me suis retrouvé à l’avant au pied de la difficulté. A partir de là, les dirigeants ont voulu que je joue le général et pensaient que je pouvais faire quelque chose de correct lors de cette étape reine. Chez les amateurs, j’étais assez bon grimpeur, donc j’ai joué ma carte à fond même si je partais un peu vers l’inconnu. J’avais pour but de faire la montée à bloc et voir où est-ce que j’allais me situer.


Comment avez-vous géré votre ascension ?


Il y avait un vent de face toute la journée, donc je suis resté bien sagement dans les roues. Mes coéquipiers m’ont bien protégé toute la journée et ont essayé de me placer du mieux possible au pied de Green Mountain. Je me suis retrouvé dans les 20 premiers lors des premières rampes. Les deux premiers kilomètres se sont vraiment montés très vite, je me suis accroché. Lors du replat, je me suis rendu compte que nous n’étions plus que 15-20 et à partir de là j’ai géré ma montée, Nibali était déjà parti et de toute façon j’étais à bloc comme tout le monde. C’était tellement raide que c’était presque impossible d’attaquer, c’était chacun pour soi.


« Je vois que j’ai le niveau »


Vous avez été costaud toute la semaine, c’est plutôt encourageant et prometteur pour la suite…


C’est certain. Au Qatar, j’avais un peu subi la course car c’était plat et les sprints et les bordures ce n’est pas vraiment mon point fort. Malgré tout, je sentais que la forme était là et que le gros boulot que j’ai fourni cet hiver payait, c’était déjà encourageant. A Oman, je ne savais pas vraiment où me situer, mais là, je vois que j’ai le niveau et ça fait vraiment plaisir. Ça me motive encore plus pour la suite.


Mine de rien, sur ce Tour d’Oman il y avait du beau monde avec Andy Schleck, Vincenzo Nibali ou encore Joaquin Rodriguez, ça fait quoi de se retrouver avec eux ?


C’est vrai, mais avant tout c’est une grosse surprise. J’espérais au fond de moi faire un petit résultat, mais si on m’avait dit au départ que j’aurais fait 8e de l’étape de montagne et dans les 10 au général, j’aurais signé de suite. C’est bien, ça prouve que j’ai le niveau, que l’équipe l’a également et ce n’était pas gagné d’avance. Pour nous tous, se retrouver là, c’était l’inconnue. C’est vraiment très bien.


Denis Leproux nous disait que l’objectif de Bridgestone serait d’honorer son invitation. Finalement c’est plutôt réussi et c’était même difficile de faire mieux…


C’est clair, on nous aurait dit au départ du Tour du Qatar qu’on aurait un tel bilan 15 jours plus tard, on aurait signé sans trop se poser de question. Au début, le but était d’aller dans les échappées, de se faire voir, ce qu’on a d’ailleurs plutôt bien réussi à faire au Qatar. Après, au Tour d’Oman, on a séparé l’équipe en deux. Miyataka Shimizu, qui fait 13e du général, et moi-même étions protégés pour le classement général et les autres pour aller dans les échappées, pour faire voir l’équipe et puis on ne sait jamais, ça peut marcher. Alexandre Lemair a été très actif toute la semaine avec 2 ou 3 échappées, il a d’ailleurs porté le maillot de la combativité pendant deux jours. Deux coureurs dans les 15 au général, 2 jours avec un maillot distinctif, à l’avant tous les jours, pour nous, une équipe continentale, c’est vraiment un bon résultat.


« J’ai eu du mal à passer professionnel… mais je ne suis pas revanchard »


C’est donc votre première année professionnelle, en France, le grand public vous connaît assez peu, quel type de coureur êtes-vous ?


Je suis plutôt grimpeur-puncheur, comme on a peu pu le voir la semaine dernière à Oman. J’aime bien les deux arrivées où j’ai fait des places, les arrivées tendues au sommet ou en petit groupe. J’aime bien également les étapes de montagne dures avec plusieurs cols et de forts pourcentages.


Quels types de courses vous plaisent vraiment ?


J'apprécie beaucoup les courses par étapes où les journées difficiles s’enchainent, où il faut toujours être régulier et bien placé.


Vous passez pro sur le tard, à 26 ans, vous avez eu du mal à trouver la confiance d’un manager, aujourd’hui vous brillez d’entrée, pensez-vous qu’aujourd’hui certains vont avoir quelques regrets ?


Je ne sais pas s’ils auront des regrets mais c’est vrai que j’ai eu du mal à passer professionnel. J’étais stagiaire chez Cofidis en 2008 au moment où les équipes françaises sont descendues du ProTour en Continental Pro. Il y a donc eu des réductions d’effectifs. Pour prendre exemple chez Cofidis, en 2008, ils étaient 30 et pour attaquer la saison 2009, ils n’étaient plus que 23… Donc ce n’était pas évident de trouver une équipe, mais je ne sais pas s’ils auront des regrets, c’était leur politique. En tout cas, moi je ne suis pas revanchard par rapport à ça, chacun à ses raisons.


« Continuer sur cette lancée »


Ce bon Tour d’Oman revoit-il vos objectifs à la hausse pour cette première saison professionnelle ?


Il faut rester lucide, sur le Tour d’Oman, il y avait un très beau plateau, mais il y en avait beaucoup qui venaient pour préparer les échéances futures comme les Classiques, Tirreno-Adriaticco ou même le Giro. Tous n’étaient pas à leur meilleur niveau. Certes ça reste une belle performance, mais il faut relativiser. Je vais continuer à prendre les courses comme elles viennent, je vais découvrir les courses car je ne les connais pas étant donné que je suis dans ma première année professionnelle. Je sais qu’il y en a qui peuvent me convenir et on verra bien de quoi je suis capable dessus, mais on va continuer à courir comme on l’a fait depuis le début de saison. On sera offensif, on essayera de bien courir en équipe et puis faire du mieux possible, il n’y a pas de raison que ça ne puisse pas continuer dans cette spirale.


Quelle sera la suite de votre programme ?


Dimanche, on ira sur les Boucles du Sud Ardèche. C’est une épreuve difficile qui devrait nous convenir, mais il faudra faire attention au climat, car on vient de passer 3 semaines au Qatar et à Oman où il faisait 30 degrés. On verra comment on aura récupéré puis on ira sur des courses un peu plus plates et venteuses comme le GP de Lillers ou Paris-Troyes. Ce seront des courses qui me conviendront un peu moins mais on a d’autres coureurs dans l’équipe et je me mettrais surement à leurs services pour leur renvoyer l’ascenseur. Ils ont vraiment été énormes toute la semaine à mes côtés et ça me ferait plaisir de pouvoir en faire de même.


Pour finir, votre carrière est désormais bien lancée, quels sont vos objectifs à moyen et long terme ?


Je vais prendre les courses comme elles viennent, je n’ai pas encore d’objectifs ou de plan sur le long terme. J’espère continuer dans cette voie là, prouver que j’ai le niveau même si j’ai mis un petit peu de temps à passer professionnel. A l’AVC Aix, l’an dernier j’avais déjà un beau programme de course et j’ai couru la moitié de la saison sur des courses de classe 2. Cela m’a sans doute fait du bien, après je suis sans doute un peu plus mature qu’un jeune qui arrive mais mon objectif sera de continuer sur cette lancée, prouver que je mérite ma place. Je ferais les comptes plus tard dans la saison pour voir comme ça se passe. Aujourd’hui, je profite, je suis bien chez Bridgestone, je vais essayer de faire la meilleure saison possible.


Propos recueillis par Alexandre ROLIN


Photos : Bridgestone - Anchor



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Les commentaires

C'est tout de même dommage de ne pas avoir vu les qualités de ce coureur qui a été stagiaire chez Cofidis. A se demander si les équipes pros savent recruter!Boyer le détecteur de talents n'a rien vu !!!!!!!
Mais comment est il arrivé dans l'équipe Cofidis?????

pinpin le 21/02/2012 à 14h23

Surprenant Thomas. Si j'ai bien compris on devrait le voir jouer les premiers rôles sur les Boucles du Sud Ardèche, dimanche ?

Enzo le 21/02/2012 à 15h44

Pinpin, en 2008: il y a 4 ans il devait (comme il le dit lui même supprimer 7 personnes (de 30 à 23), a l'époque il n'avait peut-être pas démontré de grandes qualités. Cet année là il avait recruter comme néo-pros guillaume Blot et Romain villa

tophe59 le 21/02/2012 à 15h53

Belle interview merci. C'est sympa d'en savoir un peu plus sur lui.

Remy le 21/02/2012 à 16h41

tophe59, tu crois qu'ils ne pouvaient pas prendre un néo de plus avec le budget qu'ils ont chez Cofidis, tu rigoles ou quoi ! ils ne l'ont pas pris car ils n'ont a aucun moment cru en Thomas. voila tout ! Boyer n'y a rien vu ! vraiment dommage!le MG de cette équipe se dit pourtant d'une incroyable expertise et révélateur de talent.

Pinpin le 21/02/2012 à 19h31

Bonjour a tous, les managers limitent leur équipe a un nb précis de coureurs. Plus ou moins un coureur a une certaine influence sur les calendriers et les programmes de courses de chacun ... Labbe était repassé pro comme ça en cours de saison chez cofidis dû a pas mal de blessé.
Il me semble que Lebas n'avt pas ft des étincelles (ce n'est pas une critique envers lui) lors de son stage chez cofidis. De plus il ni y a pas que les rslt qui comptent ms aussi la personnalité, l'adaptation, ... Des fois le courant ne passe pas, ça arrive aussi (je n'en sais rien pr son cas).
En revanche cela ft 2 ou 3 ans qu'il marche fort et est régulier sur les course av du relief en frce ou en esp que cela soit en amateur ou classe 2 uci. Je pense dp plusieurs années qu'il aurait ft le "bonheur" d'une équipe comme bretagne schuller par ex en déficit de grimpeur... Le fait qu'il gagne peu (a part l'an passé) joué contre lui.
Qu'un coureur comme Guyot ne passe pas pro ap sa saison 2010 reste un mystère pr moi ...

Bonne route à Thomas Lebas mais je ne me fait pas de soucis pour lui et espère le retrouver en conti pro ou WT d'ici 1 an ou 2!

bozz le 21/02/2012 à 21h20

Bravo, il est réaliste et mature! il connait sa valeur et le taff a effectué!


Certains tocards français devraient en prendre de la graine. Ils se reconnaitront!

seb0211 le 21/02/2012 à 21h39

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