Hommage

Laurent Fignon, un champion jusqu'au bout


posté par L'Équipe Cyclism'Actu le 31/08/2010 à 20h02




Rarement champion aura connu plus de coups durs que Laurent Fignon, décédé aujourd'hui, après avoir côtoyé les sommets en gagnant à deux reprises le Tour de France. Son nom restera à jamais gravé dans l'histoire, puisqu'avec Greg Lemond, il a écrit l'une des plus belles pages du Tour de France. Un Tour 1989 qu'il perdra pour huit petites secondes. En ce mardi 31 août 2010, un champion, une légende, une personnalité nous quitte dans la douleur à tout juste 50 ans. En cette journée funeste Cyclism'Actu rend hommage au champion mais aussi au commentateur qu'il était devenu.


Des débuts plus que prometteurs

Laurent Fignon est né à Paris le 12 août 1960, son père étant alors chef d'atelier et sa mère femme au foyer. En 1963, sa famille quitte Paris pour rejoindre Tournan-en Brie, en banlieue parisienne. C'est douze ans plus tard qu'il découvrira plus tard sa passion pour le cyclisme. La légende de Laurent Fignon s'est écrite dès ses débuts dans le cyclisme. Il commence le cyclisme tard, à l'âge de 15 ans, et prend sa première licence à l'âge de 16 ans, en 1976. Sa première course, à Vigneux-Sur-Seine se solde par une victoire. Après une solide carrière amateur durant laquelle il remporte une cinquantaine de courses, Fignon passe pro en 1982 sous les ordres de Cyrille Guimard au sein de l'équipe Renault, dévouée à son leader Bernard Hinault. Pour sa première saison, il remporte de nombreuses courses, tels que la Flèche Azuréenne, le GP de Cannes ou une étape du Tour de Vaucluse. Mais il remporte surtout le Critérium International et participe au succès du Blaireau sur le Giro, notamment lors de la 1ère étape du Giro, remportée par l'équipe Renault lors du contre-la-montre par équipes. Il termine d'ailleurs deuxième meilleur jeune de ce Giro derrière Marco Groppo et devant Czeslaw Lang. Sa deuxième saison chez les pros sera celle d'une incroyable réussite.


La consécration

En 1983, âgé de 22 ans et demi, Laurent Fignon débarque sur le Tour pour la première fois dans le costume d'outsider, en l'absence de Bernard Hinault. Tout au long de ces 3 semaines, l'espoir français s'accroche et, au terme d'une étape arrivant à l'Alpe d'Huez, il parvint à s'emparer du maillot jaune ! C'était alors la 17ème étape, et il était donc dans une position idéale à quelques jours de l'arrivée. Malgré deux contre-la-montres dans les étapes suivantes, il ne craquait pas. Au contraire même ! Sur l'épreuve chronométrée longue de 50 kilomètres autour de Dijon, le coureur de Renault dominait tous ses adversaires, leur hôtant tout espoir de victoire finale. A l'arrivée à Paris, il compte plus de 4 minutes sur ses 3 poursuivants, Angel Arroyo, Peter Winnen et Lucien Van Impe. Il aidait deux mois plus tard, sur la Vuelta, Bernard Hinault à s'imposer.
En 1984, fort d'une victoire au championnat de France et d'une deuxième place sur le Giro, il arrivait dans le rôle de favori, en compagnie de Bernard Hinault. Le Blaireau lui adressait un message fort d'entrée en remportant le prologue, mais Laurent Fignon lui répondait dans un long contre-la-montre entre Alençon et Le Mans. Encore une fois, il dût cependant attendre longtemps avant de s'emparer du maillot jaune. En fait, il l'enfila exactement au même endroit que l'an passé, au sommet de l'Alpe d'Huez ! Il s'agissait, de plus, une nouvelle fois, de la 17ème étape. Tout semblait donc sourire à Fignon pour réitérer sa performance de 1983, et il ne déçut pas ! Il s'imposait de nouveau à La Plagne, Crans-Montana et dans le contre-la-montre la veille de l'arrivée. Il était tout simplement au-dessus du lot dans ce Tour 1984. Il terminait ce Tour avec 5 victoires d'étapes et plus de 10' d'avance sur un Bernard Hinault sur le déclin ! Malheureusement pour lui, alors qu'il était au sommet de son art, la malchance se mit à l'accabler ...


1989 à jamais

Après avoir passé des années très difficiles, en étant blessé tout d'abord puis atteint mentalement par divers soucis, Fignon apparaît déja sous un meilleur jour en 1988, en remportant Milan-San Remo et prenant la 3ème place de Paris-Roubaix notamment. Mais il était écrit que l'année la plus mémorable pour lui serait l'année 1989 ... Il s'impose tout d'abord sur le Giro, avec un peu plus d'une minute d'avance sur Flavio Giupponi, et en remportant une étape.
Le Tour 1989 avait un plateau impressionant avec quatre anciens vainqueurs au départ : Greg LeMond, Stephen Roche, Pedro Delgado et donc Laurent Fignon. Dans la troisième étape, un contre-la-montre par équipe, Fignon prend un avantage grâce à la victoire de son équipe, Super U. Dans un long contre-la-montre disputé sous la pluie, Greg LeMond s'impose et enfile le maillot jaune à Rennes. Le reste de la course se résuma à un duel entre l'Américain et le Français. Laurent Fignon lui reprenait le maillot jaune à l'occasion de la 11ème étape, le lendemain de la victoire d'un certain... Miguel Indurain. Fignon ne garda cependant le maillot jaune que 5 jours, avant que Lemond ne reprenne l'avantage... pour deux jours. A l'Alpe d'Huez, décidément lieu béni pour Fignon, il reprenait en effet le maillot objet de tous les désirs. Mais, à la veille du contre-la-montre final sur les Champs-Elysées, seuls 50 secondes séparaient ces deux grands champions. Grâce à un contre-la-montre disputé à 54km/h, c'est l'Américain qui se montrait le plus rapide et reprenait à Fignon... 58 secondes ! Greg LeMond remportait son premier Tour de France avec 8 secondes d'avance sur Laurent Fignon au terme d'un Tour riche en rebondissements.
Ce Tour 1989 reste comme un des plus beaux, pour ne pas dire LE plus beau, Tour ! Et ces 8 petites secondes restent également gravées dans les mémoires. C'est bien évidemment le plus petit écart jamais enregistré entre les deux premiers au classement final du Tour de France.
Les dernières années de Laurent Fignon furent ensuite moins brillantes, le champion trentenaire étant sur le déclin. Il remportait tout de même plusieurs belles courses, avant de se reconvertir de belle manière.


Une reconversion rythmée par sa lutte contre le cancer

Après une fin de carrière, et c'est logique, en déclin, Laurent Fignon décide à l'issue de la saison 1993 d'en arrêter avec le sport de haut-niveau et de ranger son vélo, qu'il a par ailleurs tellement fait briller, au garage. Si sa bicyclette est alors bel et bien rangée, cela n'enlève en rien l'amour que Le Professeur porte pour le vélo et son nom ne s'éloignera jamais beaucoup du monde de la petite reine. Dans un premier temps, il s'était lancé le défi de créer sa propre société d'organisation. Comme souvent lorsqu'il avait une idée en tête, Laurent Fignon y parvint et grâce à sa structure "Laurent Fignon Organisation", il put préparer les Paris-Nice 2000 et 2001. C'est d'ailleurs lors de cette dernière qu'il eut l'idée de créer son épreuve. Celle-ci se nommera Paris-Corrèze et bon nombre de coureurs s'y réveleront tel Hushovd, Gilbert ou plus récemment Boasson-Hagen. Quand Fignon fait les choses, il les fait bien. Outre cet activité d"organisateur", le double vainqueur du Tour s'était engagé dans une nouvelle voie, celle de la télévision. Celle-ci le mènera dans un premier temps à Eurosport (1993-2003) avant de rejoindre France Télévisions en 2006 pour commenter le Tour de France. L'essai concluant, Fignon continuera son aventure avec le groupe français, en changeant au passage de compagnon pour commenter. Mais c'est bel est bien avec Thierry Adam qu'il tissera la plus grande complicité, tout deux rassemblés durant les Tours de 2006, 2007, 2008, 2009 et 2010. Il faisais également partager ses ressentiments et ses analyses sur Europe 1 depuis 2008 mais personne n'attendait que ce 14 Juin 2009, il révèlerait sur cette même station que le cancer l'avait atteint au niveau des voies digestives et qu'il était déjà malheureusement bien avancé...

Dans les jours qui suivirent cette annonce, Laurent Fignon reçu des messages d'encouragements à la pelle, et si ce n'était qu'un, le grand Lance Armstrong, lui-même, très proche de l'ancien coureur français "Je suis de tout coeur avec toi Laurent, à qui on a récemment diagnostiqué un cancer. Tu es un ami, un homme bien et un cycliste de légende. Courage Laurent !". Bien plus, qu'une simple amitié s'était alors formée entre les deux hommes. Lance Armstrong, atteint d'un cancer des testicules en 1996,et fondateur de l'association Livestrong ayant pour but de soutenir les personnes touchées par ce fléau, a pendant plus de deux ans apporté son soutien à Laurent Fignon. Ce dernier a honoré ce soutien, bien qu'atteint par la maladie, il décida en 2009 de tout de même venir sur le plateau de France Télévisions pour y livrer ses remarques et précisions, toujours éclaircies. On se souviendra également de ses larmes, de ses sanglots, lorsqu'à la fin de cette même Grande Boucle, pendant la dernière étape Daniel Bilalian, le directeur des sports était venu le remercier et le féliciter du combat qu'il menait. C'était en plein direct et Laurent Fignon avait craqué. Une image que beaucoup retiendront, c'est certain. Un an plus tard, sa présence était moins certaine mais malgré une voie modifiée par le cancer, il fut bel et bien présent pour faire vivre une nouvelle fois la course aux téléspectateurs. Fidèles à ses engagements jusqu'au bout, Laurent Fignon exclura l'hypothèse de l'effet de produits dopants. Lui qui durant l'été 2009 sortit un ouvrage biographique "Nous étions jeunes et insouciants", dans lequel il révèlait avoir pris des amphétamines et de la cortisone lorsqu'il était coureur. Bien au-delà de tout ça, pendant plus de deux ans, Laurent Fignon s'est battu, comme tous ceux atteint par cette maladie, et malheureusement, malgré tous ses efforts, ce n'est pas lui qui a gagné cette fois. Et c'est comme un symbole que Lance Armstrong avant tout le monde, publiait ce Mardi 31 Aout à 2 heures du matin "Courage Laurent !". Si petite soit l'étendue des gens qui savaient ce qui se passait, le texan en faisait partie, ce qui ne peut que prouver le lien presque fraternel entre les deux hommes.

L'issue de la maladie n'aura malheureusement pour le français pas été la même, mais il aura jusqu'au bout tenté de gagner ce combat, l'ultime mais aussi le plus dur et rien que pour cela, il ne reste qu'une chose à dire : Bravo champion et maintenant, repose-toi après, t'être tellement battu ...



photo : flickr

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Les commentaires

Un grand champion s'en est allé.
R.I.P Monsieur Laurent Fignon.

Ben le 31/08/2010 à 21h27

Un très grand Monsieur s'en va, plein de talent et d'intelligence.

R.I.P Mr Fignon.

Simon le 01/09/2010 à 00h26

Il est inexact d'affirmer qu'Armstrong et Fignon avaient des relations fraternelles...ce n'est pas deux messages par ci par là via Twitter et une émission avec Drucker qui nouent une amitié. Armstrong le manipulateur, Cyclism'Actu les manipulés. Cordialement.

Inexact... le 01/09/2010 à 19h10

Laurent Fignon était un grand champion de la trempe des plus grands car il n'hésitait pas à prendre des risques avec tout le panache qu'on lui connaissait au risque de tout perdre !
même caractère bien trempé que Hinault, Merckx, .... ! Concernant Armstrong, il est dommage de voir toujours en lui l'incarnation du diable ! ses victoires peuvent laisser planer un doute mais son investissement dans cette sale maladie ne peuvent être mis en doute vu son investissement permanent ! Par ailleurs, Laurent Fignon l'avait semble t'il aidé moralement au début de sa maladie ! il ne faut pas toujours interpréter les choses dans le mauvais sens lorsque l'on n'a pas tous les éléments !

manu76 le 01/09/2010 à 23h40

Laurent Fignon était un grand champion de la trempe des plus grands car il n'hésitait pas à prendre des risques avec tout le panache qu'on lui connaissait au risque de tout perdre !
même caractère bien trempé que Hinault, Merckx, .... ! Concernant Armstrong, il est dommage de voir toujours en lui l'incarnation du diable ! ses victoires peuvent laisser planer un doute mais son investissement dans cette sale maladie ne peuvent être mis en doute vu son investissement permanent ! Par ailleurs, Laurent Fignon l'avait semble t'il aidé moralement au début de sa maladie ! il ne faut pas toujours interpréter les choses dans le mauvais sens lorsque l'on n'a pas tous les éléments !

Manu76 le 01/09/2010 à 23h48

Laurent Fignon était un grand champion de la trempe des plus grands car il n'hésitait pas à prendre des risques avec tout le panache qu'on lui connaissait au risque de tout perdre !
même caractère bien trempé que Hinault, Merckx, .... ! Concernant Armstrong, il est dommage de voir toujours en lui l'incarnation du diable ! ses victoires peuvent laisser planer un doute mais son investissement dans cette sale maladie ne peuvent être mis en doute vu son investissement permanent ! Par ailleurs, Laurent Fignon l'avait semble t'il aidé moralement au début de sa maladie ! il ne faut pas toujours interpréter les choses dans le mauvais sens lorsque l'on n'a pas tous les éléments !

Manu76 le 02/09/2010 à 00h11

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Commentaires

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