Interview

Jaan Kirsipuu : « Je ne suis pas prêt de quitter le vélo »


posté par Alexandre Rolin le 08/02/2012 à 19h30




A bientot 43 ans, Jaan Kirsipuu est toujours là ! Il avait pourtant mis en terme à sa carrière au soir de Paris-Tours 2006 mais l'envie était trop forte. Il n'a pu s'empêcher de faire son retour à la compétition en 2009 et ce malgré ses 39 printemps. Depuis, l'Estonien aux plus de 130 victoires professionnelles, qui a fait les beaux jours de Casino et d'Ag2r Prévoyance, poursuit sa route en Asie juste pour son plaisir. Membre de l'équipe Champion System, il retrouve cette année le devant de la scène internationale puisque son équipe a été promue, durant l'hiver, en seconde division. Jaan Kirsipuu se réjouit du développement de son équipe mais sait pertinemment que sportivement il n'a plus grand chose à espérer. Aujourd'hui, son rôle n'est plus d'aligner les succès et nous explique son nouveau statut, celui du capitaine. Comme en 2011, l'un des plus grands sprinteurs de sa génération, pourrait bien, malgré tout, ajouter quelques lignes supplémentaires à son copieux palmarès, comme il l'a encore fait la saison dernière en Asie. Auprès de Cyclism'Actu, l'icône du cyclisme estonien revient sur ce qui pourrait bien être sa dernière saison en tant que coureur proffessionnel. Mais attention, il n'est pas prêt de quitter cet univers si particulier prochainement. Le cyclisme, c'est sa passion, sa vie, et sa reconversion il ne l'envisage dans aucun autre domaine. 19 ans après ses débuts professionnels, Jaan Kirsipuu rêve encore. Entretien avec l'un des modèles de longévité du cyclisme actuel.


Jaan, vous attaquez donc une nouvelle saison, à 42 ans, 19 ans après vos débuts chez les professionnels, quel est le secret d’une telle longévité ?


Vous savez, je n’ai pas vraiment de secret. J’ai la chance de faire ce que j’aime, si je le fais c’est que ça me plait et j’ai la chance d’être toujours en bonne santé, alors j’en profite. Le seul secret c’est dans la tête, tant qu’on est motivé, tout est possible. Et ça de mon côté, ce n’est vraiment pas un problème.


Mais alors, comment faites-vous pour rester toujours aussi motivé année après année ?


Je dois admettre que je n’ai plus la même motivation qu’il y a 10 ans, et c’est plutôt logique après avoir arrêté ma carrière en 2006. Si je suis revenu en 2009, c’est parce que j’avais envie de voyager aux quatre coins du monde et de prendre du plaisir à vélo. Aujourd’hui, chez Champion System, nous sommes la première équipe asiatique à intégrer la seconde division et le projet est très intéressant et excitant. Je peux apporter ma pierre à l’édifice, et ça, c’est motivant.


 A jusqu’où comptez-vous continuer ?


Je ne sais pas encore, mais cette année sera peut-être ma dernière comme coureur. Je vais faire la saison et je verrai bien comme ça se passe et comment évolue ma motivation. Mais même si je ne suis pas coureur, je ne suis pas prêt de quitter le vélo de si tôt, ça fait partie de ma vie, c’est ma passion.


« Apporter toute mon expérience »


Justement, cette année vous êtes de retour au premier plan avec Champion System. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?


Comme je l’ai dit précédemment, c’est très motivant de rejoindre une équipe ambitieuse et qui se développe bien. Je peux apporter toute mon expérience pour que tout se passe bien et continuer de faire progresser l’équipe. A mon âge, être dans une telle équipe c’est une sacrée chance et une belle opportunité.


Quels seront vos objectifs cette année ?


Vous savez, j’ai 42 ans, je ne peux plus espérer grand chose sportivement, je prendrai les courses et les résultats comme ils viendront. Mon rôle dans l’équipe est surtout d’aider et d’encadrer les coureurs asiatiques pour qu’ils progressent au niveau de la tactique de course ou dans la gestion de leurs entrainements. Je suis en quelque sorte le capitaine de l’équipe.


Et d’une manière plus générale, quels seront ceux de Champion System ?


L’idée est de devenir, à long terme, une très grosse équipe sur le circuit international. Aujourd’hui, nous sommes la plus grande équipe asiatique et c’est déjà un bon début. L’objectif principal de Champion System est d’aider et de développer le cyclisme en Asie, mais surtout en Chine, pour en faire une bonne nation du cyclisme.


« La France, un peu comme mon deuxième pays »


Champion System est actuellement sur le Tour du Qatar et a également été invité pour le Tour d’Oman, un sacré honneur…


C’est certain, être invité par A.S.O pour le Tour du Qatar et le Tour d’Oman est un honneur pour toute l’équipe. Je n’aurai pas la chance d’y être, mais j’espère que l’équipe présente sur ces deux courses va avoir de bons résultats et qu’ils vont bien montrer le maillot pour prouver que nous ne sommes pas là par hasard. Je sais que tout le monde est très motivé.


Depuis 2007 on ne vous a plus vu en France, qu’avez-vous fait ?


Depuis 2007, j’ai quitté la France et je me suis réinstallé en Estonie, mais j’y suis revenu plus d’une fois et j’y ai passé quelques mois en hiver. C’est toujours un plaisir d’y revenir, c’est un peu comme mon deuxième pays.


Aura-t-on l’occasion de vous revoir courir en France cette année, avec le maillot de Champion System sur le dos ?


Je ne pense pas malheureusement. Normalement, je vais courir uniquement en Asie et en Amérique cette année. L’Europe et donc la France, ne sont, pour le moment, pas prévues au programme…


« Depuis mes débuts, le cyclisme a énormément évolué… »


Vous avez débuté votre carrière en 1993, sous le maillot Chazal. En 19 ans de carrière, comment avez-vous perçu l’évolution du cyclisme ?


Depuis mes débuts, le cyclisme a énormément évolué, ce n’est une surprise pour personne. Les méthodes d’entrainement, les tactiques de course, la façon d’aborder les courses, tout a changé. Mais ce qui m’a le plus impressionné, c’est l’évolution du matériel. Les vélos d’aujourd’hui n’ont presque plus rien à voir avec ceux d'hier, il y sans cesse eu de nouvelles évolutions, chaque année. Je pense également que le niveau général est plus équilibré qu’à l’époque.


Comment analysez-vous l'évolution des sprints, autrefois lancés de très loin avec des équipes dominatrices et aujourd'hui  emmenés de manière un peu plus confuse ?


Vous trouvez ? Je pense que la façon d’emmener les sprints n’a pas tant changé que ça. Certes à l’époque, l’équipe Saeco de Cipollini était un véritable rouleau compresseur et personne n’osait venir la perturber. Aujourd’hui, il y a plus d’équipes et de coureurs capables de préparer et lancer un sprint, mais les techniques restent sensiblement les mêmes.


Quel poisson pilote ou équipier vous a le plus marqué et pourquoi ?


Beaucoup de coureurs m’ont marqué, ce n’est pas évident d’en choisir un plutôt qu’un autre. Lauri Aus est probablement le coureur le plus sympa que j’ai rencontré, c’est un très grand ami. Après côté course, je dirais Ludovic Capelle pour son sens tactique et Alexandre Vinokourov pour son panache sans égal.


« Devenir directeur sportif, ça me fait rêver »


Si vous ne deviez retenir qu’une seule victoire, laquelle choisiriez-vous ?


C’est impossible ! Je ne suis pas capable d’en retenir une en particulier, j’ai plusieurs belles victoires. Mais de toute façon, ce n’est pas toujours la plus grande victoire qui reste la plus belle. Certes dans un palmarès c’est ce que l’on retient, mais dès fois quand toute l’équipe fait un gros travail toute la journée et est récompensée par une victoire, c’est fort. Si je dois retenir quelque chose, c’est ça, l’ambiance et la solidarité dans l’équipe après une victoire.


Quand on a 42 ans, qu’on a plus de 100 victoires à son palmarès, a-t-on encore des rêves dans le cyclisme ?


Bien sûr, tant qu’on est dans le milieu du vélo on a des rêves, c’est ce qui nous fait avancer et nous donne envie de pédaler pour les atteindre. Donc oui, je rêve encore. Mon rêve, si je peux appeler ça ainsi, ce serait de voir mon équipe, Champion System, courir un jour le Tour de France. Et si je peux avoir un rôle dans l’équipe, comme directeur sportif, par exemple, ce serait merveilleux. Les choses simples sont souvent les plus belles.


Vous parlez d’être directeur sportif, c’est votre projet de reconversion ?


Oui, c’est ce vers quoi j’aimerais me tourner. J’aime le vélo, c’est ma vie, ma passion, et je ne peux pas quitter ce petit monde comme ça du jour au lendemain. Je ne suis pas capable de tourner la page et devenir directeur sportif est une bonne alternative, c’est un projet qui me fait rêver.


Propos recueillis par Alexandre ROLIN


Photos : Champion System



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Les commentaires

Il dit qu'il ne peut plus espérer grand chose sportivement. N'empêche qu'il en a encore claqué deux cette saison.

Zolex le 08/02/2012 à 19h49

Un Grand Monsieur ce Jaan Kirsipuu !

Chapeau pour cette magnifique carrière !

vivetitouland le 08/02/2012 à 20h27

43 ans et toujours la passion du vélo, l'envie d'apprendre au plus jeunes, respect jaan (ancien maillot jaune et vainqueur d'étape)

Rémi le 08/02/2012 à 20h31

Belle Itw d'un coureur qui fut l'un des meilleurs spriteur à la fin des années 1990 et au début de années 2000 et qui poursuit sa carrière à un âge canonique.

Sinon il peut aller chez AG2R en temps que ds il retrouvera son vieil acolyte Kasputis.

nicoportal le 08/02/2012 à 20h40

Très belle photo avec Messieurs Hushovd, et McEwen !

vacansoleil_15 le 08/02/2012 à 21h44

Et J-P Nazon derrière ;) Vainqueur à Wasquehal 2 jours plus tard!

ptit vélo le 08/02/2012 à 23h02

Qui est le champion de Belgique chez Ag2r sur la photo?

Gadret le 09/02/2012 à 00h02

Ludovic Cappelle !

Alexandre Rolin le 09/02/2012 à 00h21

UN GÉANT!!!!!!!!!!

Bite, bite le 09/02/2012 à 00h56

Un mec SUPERFORT

toto le 09/02/2012 à 08h19

Le cyclisme que j'aime.
LA belle idée d'interview ... Merci !

Basile Defou le 09/02/2012 à 09h50

Je retiens une anecdote de ce grand Monsieur.
Lors du dernier tour de l'étape des monts Boulonnais des 4 jours de dunkerque, je me trouvais dans la montée du mont Lambert. Temps excécrable, pluie, vent et température hivernale. Les courreurs étaient transis.
Jaan Kirsipuu était trés attardé dans un petit groupe. Un enfant sur le bas côté sollicitait les courreurs pour l'obtention d'un bidon.
Il a été repoussé par plusieurs courreurs. Et soudain arrive le groupe Kirsipuu. Le môme se fait jeté par ses compagnons de route, transis. Et là, Jaan Kirsipuu , en grand Monsieur, plein de lucidité malgré la fatigue et le froid, s'est relèvé, à pris son bidon et fait l'écart pour le remettre à cet enfant!!
J'aurai voulu pouvoir mettre cette action sur pellicule et montrer la joie de cet enfant et ce geste , certes gratuit, mais plein de panache!
Seul un homme de coeur pouvait agir ainsi !
Merci pour cet enfant Monsieur Jaan Kirsipuu§
Merci pour nous tous qui sur ce bord de route, avons ressentit une forte émotion suite à ce geste.
J'ai rejoint l'enfant et lui ai dit: "Content ? Rappelle-toi du nom de ce courreur qui t'a fait p^laisir : Jaan Kirsipuu !"
Je fus surpris de l'enfant qui m'a demandé de lui écrire le nom sur le bidon et de son bonheur face à "son trésor" !

Willy le 09/02/2012 à 09h57

Merci pour cette très belle interview, rien de mieux pour tourner la page de l'affaire Contador

Enzo le 09/02/2012 à 10h16

JAAN: un sacré guerrier qui merite un immense réspect.

pouet-pouet le 09/02/2012 à 11h37

L'homme qui n'aura jamais fini le Tour en 12 articipations.

Aurelien Fontana le 09/02/2012 à 18h32

le seul reproche que l'on peut faire à Kirsipiuu et de ne pas avoir tenté de ramené le maillot vert à Paris et ni même d'avoir tenté de passé la montagne après son premier tour en 1993 ou arriva hors délais avec Andrea Peron et Mario Cipollini.

Sinon en effet il reste un énorme coureur qui a suivi son grand frère Tomas qui fut le premier soviétique pro hors d'URSS chez Kelme avec le père d'Oleg Chuzda.

nicoportal le 09/02/2012 à 18h44

Merci pour l'anecdote @willy, ce sont des histoires et des coureurs comme cela qu'il faudrait mettre en valeur, et non ce sordide jugement du TAS 6 ans plus tard...

ptit vélo le 10/02/2012 à 08h16

@WillY

J'ai eu aux 4 jours de Dunkerque 2011 la même situation avec mon fiston,sur l'étape des monts, le seul qui à bien voulu donner son bidon c'est un coureur D'AG2r la mondiale je crois bien que c'était Cristof Goddaert! un grand merci à vous messieurs les coureurs car cela marque pour un enfant d'avoir un bidon souvenir des GRANDS!

supporter de lOise de l'ASM le 10/02/2012 à 09h39

Oui 100% d'accord aves Ptit Vélo , c'est plus interessant que le dopage quand meme !
Willy tu m'as mis la larme a l'oeuil dans ton commentaire

Vansevenant le 12/02/2012 à 12h24

Merci à Jaan ,d'avoir fait vivre les plus beaux moments de sa vie de cycliste à mon gamin. Si dans ses souvenirs il ne doit enrester qu'un, c'est celui de sa victoire au sprint à Douala devant son coéquipier Jaan KIRSIPUU. Merci JAAN

JMB57 le 14/02/2012 à 18h46

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Commentaires

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