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Mondiaux 1980 : Hinault entre au panthéon du cyclisme
posté par Michel Escatafal le 23/09/2011 à 20h04

Les coureurs français sont peu nombreux à avoir été champions du monde sur route, puisqu’ils ne furent que huit à revêtir le maillot arc-en-ciel (Speicher, Magne, Bobet, Darrigade, Stablinski, Hinault, Leblanc et Brochard). Mais si les victoires françaises furent rares, quelques unes ont marqué les esprits et l’histoire du vélo. Parmi celles-ci on peut citer celle de Speicher sur le circuit de Montlhéry (1933), avec la célèbre côte Lapize à escalader vingt fois, après 125 kilomètres d’échappée en solitaire, devant Antonin Magne qui terminera avec un retard de six minutes. Ce même Antonin Magne l’emportera pour sa part en 1936, à Berne, à l’issue d’une course à élimination où il s’imposa avec une avance de plus de neuf minutes sur son suivant l’Italien Bini. Un succès qui rappelle étrangement celui de Bernard Hinault à Sallanches quand il s’empara du titre mondial en 1980.
Ensuite il faudra attendre l’année 1954 pour voir de nouveau un tricolore l’emporter, Louison Bobet qui, comme Speicher, sera sacré champion du monde après avoir enlevé le Tour de France (son deuxième). Là aussi le champion breton réalisa un authentique exploit, à Solingen, en arrivant détaché après avoir dû changer de vélo suite à une crevaison, ce qui l’a contraint à engager une poursuite victorieuse derrière le Suisse Schaer, son dernier accompagnateur. Pour l’anecdote, il faut savoir que cette crevaison l’obligea à revenir en arrière sur une centaine de mètres pour rejoindre le poste de ravitaillement, et récupérer un nouveau vélo. L’opération fut très rapide, mais pendant ce temps Schaer n’avait pas attendu son rival, et comptait quatre cents mètres d’avance à moins d’une quinzaine kilomètres de l’arrivée. Néanmoins Bobet réussit au prix d’une poursuite prodigieuse, malgré des braquets non adaptés, à rejoindre Schaer dans la dernière ascension, avant de le lâcher un peu plus loin, et l’emporter avec 22 secondes d’avance à l’issue des 240 kilomètres de course.
Une course qui ne s’annonçait pas sous les meilleurs auspices
Mais le triomphe le plus mémorable restera sans doute celui d’un autre Breton, Bernard Hinault, vainqueur à Sallanches le 30 août 1980 d’un des plus beaux championnats du monde de l’histoire. Jamais Hinault ne parut plus fort que ce jour-là, et nous sommes nombreux à penser qu’il a réalisé à cette occasion son chef d’œuvre. Et pourtant « le Blaireau » ne fut pas avare d’exploits entre ses débuts professionnels en 1975 et sa fin de carrière en 1986, en rappelant qu’au cours de ces onze ans de carrière, Bernard Hinault s’est confectionné le plus beau palmarès de l’histoire du cyclisme sur route, derrière Eddy Merckx et devant Anquetil et Coppi. Pourtant cette course ne s’annonçait pas sous les meilleurs auspices pour Hinault, victime quelques jours avant le championnat d’un virus intestinal au cours du Tour du Limousin, qui devait lui servir de préparation, ce qui l’obligea à grimper plusieurs cols dans la région la veille de l’épreuve pour être certain qu’il avait parfaitement récupéré. En outre il était sous la crainte du réveil d’une douleur au genou qu’il avait ressentie pendant le Tour de France, et qui l’avait obligé à abandonner alors qu’il portait le maillot jaune, et qu’il était en passe de réaliser son premier doublé Giro-Tour.
Bref, toutes les conditions étaient loin d’être remplies, même pour un champion hors-normes comme l’était Hinault, pour qu’un Français succède enfin à Jean Stablinski (1962). Heureusement pour le « Blaireau », il disposait de quelques atouts importants qui allaient finir par faire la différence pendant la course, à commencer par le parcours le plus dur, le plus sélectif jamais proposé pour un championnat du monde. A ce propos, il faut se rappeler ce que disait le Directeur Technique National de l’époque, Richard Marillier : « La France a reçu l’organisation du championnat du monde, et il aurait fallu être fou pour ne pas tracer un circuit favorable à Bernard ». Et force est de reconnaître que celui de Sallanches, avec la côte de Domancy à grimper à vingt reprises, était effectivement taillé sur mesure pour le champion d’Yffiniac. Ceux qui ont eu l’occasion de grimper cette bosse en conviendront aisément, même si au premier abord elle paraît un peu moins inhumaine qu’on ne la décrit généralement, mais le dernier kilomètre où il y a des passages à 15% est très difficile. En tout cas, avec la répétition, elle s’avéra de plus en plus meurtrière au fur et à mesure que le nombre de tours s’accumulait. Pas étonnant dans ces conditions que seulement quinze coureurs, sur cent sept au départ, aient pu venir à bout de la distance, d’autant qu’Hinault se fit un devoir de provoquer très tôt une impitoyable sélection avec l’aide de ses équipiers, plus particulièrement Bernaudeau, Chalmel, Villemiane, Alban, Martinez, Vallet, Martin, Bourreau et Ovion.
Une équipe de France en mode commando au service de son leader
Cette équipe de France en effet, en mode commando et toute acquise à la cause d’Hinault, se comporta admirablement et appliqua à la perfection la seule tactique élaborée pour l’occasion, à savoir durcir la course dès les premiers kilomètres, et ne jamais cesser le harcèlement des adversaires afin de les éliminer un par un. Après une attaque du Belge De Muynck, vite réprimée par Hinault lui-même, la première vraie offensive fut l’œuvre de Mariano Martinez, ancien lauréat du Grand prix de la Montagne au Tour de Suisse et au Tour de France (1978), qui s’échappa dès le trentième kilomètre avec le Suisse Sutter, qui ne pourra pas suivre très longtemps, et le Danois Kim Andersen, lequel imprimera un rythme très rapide à cette échappée qui, néanmoins, ne dépassera pas le kilomètre 140. Mais à peine opérée la jonction, au contrôle de ravitaillement du douzième tour, c’est le chef en personne, Bernard Hinault, qui attaqua une première fois.
Attaque très violente, qui provoqua immédiatement le décrochage de coureurs comme Zoetemelk, le dernier vainqueur du Tour, mais aussi les Italiens Moser et Saronni, pour qui cette côte était trop indigeste. Résultat, le coureur breton n’était plus accompagné que par une trentaine de coureurs. Son travail de sape commençait à payer, et cela ne put que le conforter dans ses certitudes. Du coup, il récidiva dans la côte de Domancy aux treizième et quatorzième tours, et cette fois ils ne furent plus que quatre à l’accompagner : Pollentier le Belge, Marcusen le Danois, Robert Millar l’Ecossais, et G.B. Baronchelli l’Italien. Mais pour Hinault c’était encore trop, ce qui l’incitait à multiplier les coups de boutoir, au point qu’au passage du dix-neuvième tour, il ne restait plus en tête qu’un duo formé d’Hinault et Baronchelli, qui allait immédiatement creuser un écart considérable avec ce qu’il restait des poursuivants. A ce moment chacun des supporters du Breton se sentait rassuré, car même si Baronchelli, qui ne relayait jamais, arrivait au sprint avec lui, il n’avait pas la moindre chance face à Hinault, et à plus forte raison après 250 kilomètres d’une course aussi dure.
L’estocade finale
Néanmoins, comme le confiait Cyrille Guimard, son directeur sportif chez Renault-Gitane, à la télévision lors du direct de la course, il fallait absolument que Bernard Hinault « dépose » Baronchelli avant l’arrivée, au cas où…Peut-être se rappelait-il l’épisode Bobet à Solingen ? En fait, le coureur Italien était de plus en plus à l’agonie, et sur une ultime accélération d’Hinault dans la dernière ascension de Domancy, ce dernier s’envola sous les ovations d’un public en délire, reléguant Baronchelli à 1mn 10s en quelques kilomètres, l’Espagnol Juan Fernadez prenant la troisième place avec un retard de 4 mn 25s, battant au sprint pour la médaille de bronze l’Italien Panizza, l’Américain Boyer, le Hollandais Pronk, le Belge Roger De Vlaeminck et le Suédois Nillson. Un bel ouvrage pour celui qui, en plus d’avoir vengé Jeannie Longo battue la veille sur incident mécanique, venait de confirmer qu’il était bien non seulement le meilleur coureur de sa génération, mais aussi, compte tenu de son jeune âge (26 ans), qu’il était appelé à devenir un des plus grands champions de l’histoire du cyclisme.
D’ailleurs il y avait dans sa victoire à Sallanches du Bobet à Solingen, ou encore du Coppi, auteur d’une chevauchée fantastique à Lugano en 1953, ou tout simplement du Merckx à qui il venait de succéder au panthéon du cyclisme. Tous ces champions avaient en commun, non seulement d’avoir une classe folle, ou encore une force vitale exacerbée au service d’une volonté qui ne l’était pas moins, mais aussi une perception de la course exceptionnelle, même s’il a fallu qu’Hinault côtoie Paul Koechli à la Vie Claire pour que chacun en soit convaincu. En disant cela, on peut rapporter ces propos de Bernard Hinault à la fin de sa carrière, où il affirmait qu’après avoir reconnu un parcours, il savait toujours très exactement donner au mécanicien les braquets et le vélo qu’il fallait utiliser. Et de fait, à Sallanches, il avait fait monter 16-18-20-22, alors que Baronchelli avait 20-23. Modeste, le « Blaireau » considérait que c’était Baronchelli qui « s’était trompé de couronne, et que c’était comme ça que ca s’était réglé ». Certes, mais il nous permettra de penser qu’il était tout simplement meilleur que l’Italien.
En fait la seule faiblesse d’Hinault aura été son genou droit qu’il faudra opérer en 1983, prix d’une victoire à la Vuelta trop chèrement acquise, et qui lui aura fait perdre presqu’une année d’activité au moment où il était dans la meilleure période de sa carrière. Il n’empêche, à la fois grand rouleur, capable de belles envolées en montagne, mais aussi de sortir vainqueur d’un sprint massif devant les meilleurs routiers-sprinters, ce coureur à fort caractère mérite l’appellation que les Italiens, jamais avares de superlatifs, lui ont donné lors de sa première victoire au Giro : « Hinaultssimo ». Et en plus, il aura réussi ce que ni Coppi, ni Anquetil, ni Merckx n’avaient su faire avant lui, quitter la compétition par la grande porte en étant encore au sommet.
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Les commentaires
Le genre d'exploit qu'on est pas près de revoir. Les temps ont changé...
Chouchouduvélo le 23/09/2011 à 22h15
Baronchelli, coureur un peu introverti qui n'a pas un palmares a la hauteur de son talent.
Il n'y a plus un coureur italien, et même peut-être plus de coureurs du tout qui aujourd'hui ont le talent de Hinault et Baronchelli. Ils roulaient sur des vélos qui pesaient deux kilos de plus que ceux d'aujourd'hui, ce qui est énorme.
Delaere le 24/09/2011 à 06h31
J'en frissonne encore...................quelle course! ! ! ! !
jeff88 le 24/09/2011 à 08h25
course mythique, j'étais tout gamin devant la télé, et chose étonnante, je crois que le réalisateur captivé par les images au ralenti en avait oublié de montrer le démarrage en direct !!
hinault a porté superbement son maillot, l'occasion d'évoquer un autre chef d'oeuvre, paris roubaix...
ce sera plus modeste demain, sans doute.
izoard le 24/09/2011 à 09h04
superbe course,j'ai la chance de connaitre un des équipiers d'hinault sur cette course,le blaireau leur demandait d'accélerer sans cesse alors qu'ils était tous a fond..du reste ils était tous sur la ligne d'arrivée pour l'applaudir ayant tous abandonnés après avoir laminé le peloton..grande époque..c'est vrai que le réalisateur avait louper le démarrage d'hinault
allerlol le 24/09/2011 à 11h51
Ceux qui se souviennent de cette époque ont certainement remarqué que les coureurs ne portaient ni casque ni lunettes et étaient parfaitement reconnaissables de loin. Cela a fort contribué au charme de ce sport pratiqué par des hommes et non par ces espèces de robots ressemblant plus à des pilotes de formule 1 qu'à des cyclistes.
Actuellement les commentateurs TV en sont réduit à citer la marque du sponsor plutôt que le nom du coureur qui est très difficile à identifier. Triste et lamentable.
Henri IV le 24/09/2011 à 12h37
C'est ça, retirons les casques pour que Thierry Adam puisse enfin reconnaitre tous les coureurs! C'est vrai, le casque a sauvé plus d'une vie mais on s'en fout, il faut que le public puisse voir la tête des coureurs!
...
Pathétique. On en parlera à Andreï Kivilev, hein?
Pouet le 28/09/2011 à 11h15
On en parlera aussi à Wouters Weyland qui était casqué je crois.
Ce qui est pathétique c'est d'avoir en permanence peur de tomber sur la tête. L'objectivité commande de reconnaître qu'il n'y avait pas plus de morts avant qu'après le port de casque.
Et de toute façon il n'est pas plus dangereux de rouler en vélo sans casque que de rouler en voiture sans casque.
Henri IV le 01/10/2011 à 13h34
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sublime article... bravo à vous et à tous ces sportifs avec un trop-plein de panache,
un aspect lyrique, dramatique, tragi-comique,obstiné et itératif dans la souffrance se dégage de tous, du sang ds la bouche àla fin de leurs gros efforts et des dizaines d'images se superposent quand on lit ce genre d'article
c'est un sport inégalable en acteur et spectateur; c'est le plus beau des sports, vive la bicyclette.
ninibali le 23/09/2011 à 21h14